13-19 octobre 2021

Programmation

Architecture à l’écran

Le paysage urbain apparaît-il toujours de la même façon dans des caméras différentes ? " s’interroge le narrateur du film Many Undulating Things, observant les milliers de touristes filmant la ville de Hong Kong. Bo Wang et Pan Lu captent les ondulations des hommes et des femmes, comme celles des vagues sur la baie, et, par-delà la beauté des images, dessinent le portrait d’une ville, incarnation du pouvoir économique capitaliste. Car c’est la force du cinéma de ne pas seulement filmer l’architecture comme un ensemble de bâtiments, mais de révéler en profondeur ce qui se trame dans la relation entre l’espace et ceux qui y vivent. À la diversité des formes de villes fait écho la diversité des écritures cinématographiques : regard distancié de ce portrait critique de Hong Kong ; regard interrogatif sur sa future pratique d’architecte dans une ville de plus en plus excluante (Devenir architecte) ; regard sensible des habitants qui racontent leur attachement à leur cité en coursde démolition dans Les insulaires.

Faire le bonheur des habitants est la volonté que partage les quatre Rêveuses de villes que Joseph Hillel a rencontré. Quatre femmes extraordinaires, qui ont chacune mené un combat pour une ville plus douce : Denise Scott Brown, que le jury du Pritzker Price écarta pour récompenser seul son époux Robert Venturi ; Phyllis Lambert, co-signataire avec Mies Van Der Rohe du Seagram Building à New York ; Blanche Lemco van Ginkel, sauveuse du Vieux Montréal ; Cornelia Hahn Oberlander, inventrice de villes vertes attentives aux plus démunis. C’est encore le bonheur des hommes qui motivait Oscar Niemeyer dans sa conception de Brasilia, mêlant astronomie, spiritisme et rituels maçonniques pour définir une ville idéale, surgie de nulle part.

Les cinéastes Yoni Goldstein et Meredith Zielke composent leur film en brassant toutes ces matières dans leur ambitieux maelstrom d’images et de sons, A Machine to live in. Une « machine à habiter » : l’expression est de Le Corbusier. La « bonne-maman » de Marjolaine Normier habite la Cité Radieuse, mais son appartement a été détruit par un incendie : il faut restaurer... Où l’on voit que, quelle que soit la puissance de l’univers de l’architecte, sa volonté de maîtriser l’espace, au bout du compte, ce sont les habitants qui font vivre l’architecture. Et ça, comme le film de Marjolaine Normier, c’est finalement tout à fait réjouissant.

Jean-Yves de Lépinay, consultant pour le Festival Close-Up et ancien directeur des programmes du Forum des Images

A Machine to live in + Modulor
A Machine to live in + Modulor

Yoni GOLDSTEIN et Meredith ZIELKE
États-Unis

Bonne maman et le Corbusier + Modulor
Bonne maman et le Corbusier + Modulor

Marjolaine NORMIER
France

City Dreamers
City Dreamers

Joseph HILLEL
Canada

Devenir architecte
Devenir architecte

GARANCE PAILLASSON
France

Les insulaires
Les insulaires

MAXIME FAURE et ADAM W PUGLIESE
France

Many undulating things
Many undulating things

Bo WANG et Pan LU
États-Unis, Chine, Corée du Sud, Hong Kong

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