13-19 octobre 2021

Programmation

Regards sur Dakar

La déreprésentation est l’exposition bilatérale de la représentation. Elle comporte la méreprésentation (majoritaire, négative) et l’alter-représentation (minoritaire, alternative). Le cinéma colonial et son calque hollywoodien ont (majoritairement) présenté l’Afrique comme sauvage (nature et habitants) où la ville est quasi absente. L’urbain africain (le territoire et l’individu) a tardivement figuré au cinéma, excepté en Égypte où cette industrie a pris pied dès 1896. Pour le cinéma sénégalais, le premier espace à reconquérir fût le paysage de l’intime, comme s’y attache Le charretier (1963). Ce court métrage expose avec une voix intérieure comment la spoliation spatiale a dissocié le quartier indigène du centre-ville colonial. Investie par de nouvelles élites corruptrices et corrompues, l’administration ne parle pas la langue du peuple (Le Mandat, 1968). Au lieu de cimenter la Nation et l’État, le policier (ou le militaire) fait partie des forces du désordre qui fracture les ambitions de la jeunesse. Cette dernière fuit le cannibalisme de la ville (Touki Bouki, 1973). La seule ressource pour affronter les impératifs dakarois (manger, se loger) est le rêve.

Les histoires des petites gens (trilogie de Mambéty) ont peu changé même 30 ans après les indépendances : le peuple indigent vivote toujours dans des baraques (au sens littéral) de bric et de broc, sans eau potable, louées à prix d’or. Le jeu du hasard et la bienveillance des génies sont la seule planche de salut avec une économie brutalement dévaluée qui dévaste les honnêtes hommes (Le Franc, 1994). La grande tare des grandes villes est le manque de communication, La petite vendeuse de soleil (1999) démontre qu’un handicap n’est pas vain et le dialogue toujours possible. Il est difficile de faire grandir une histoire d’amour sous les tours, dixit Woody Allen (Manhattan). Atlantique (2019) illustre le même propos en reprenant la même trame que Sophocle avec Œdipe, l’enquêteur (criminel qui s’ignore), dans Thèbes, la première ville qu’Amon-Râ a créé pour être le modèle de toutes les autres. La Parisienne Mati Diop filme à nouveau une Afrique à la pointe, prenant des initiatives, sans peur du futur et des frontières.

Parce que le cinéma est un formol, les six films du programme Regards sur Dakar livrent ses mutations urbaines (le marché Sandaga, …). Ils montrent les hybridations architecturales cisaillant Dakar (voir les travaux de Sylviane Leprun) et l’urbanisation débridée alors que la ville condense sur 0,28% du territoire national près d’un quart de la population (dont nombre d’immigrés français).

Thierno Ibrahima Dia (Africiné Magazine).

 

Atlantique
Atlantique

Mati DIOP
France, Belgique, Sénégal

La petite vendeuse de soleil
La petite vendeuse de soleil

Djibril DIOP MAMBETY
Sénégal, France, Suisse

Le Franc
Le Franc

Djibril DIOP MAMBETY
Sénégal, France, Suisse

Le Mandat
Le Mandat

Ousmane SEMBENE
Sénégal, France

Touki Bouki
Touki Bouki

Djibril DIOP MAMBETY
Sénégal

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