13-19 octobre 2021

Programmation

La ville vue par Michael Mann

Un horizon Urbain

 

Entre Los Angeles et les films de Michael Mann, il existe une affinité élective. Dans Heat comme dans Collateral, la ville horizontale est un personnage à part entière. Une Los Angeles étrangement fantomatique qui ne doit rien aux plages de Malibu ou aux maisons huppées des collines d’Hollywood. Une ville sans qualités dont on perçoit pourtant, avec une précision souvent hallucinante, les arêtes vives et les ombres portées. Sans doute parce que Michael Mann a une certaine attirance pour le centre vide –le downtown - de cette ville qui n’en est jamais tout à fait une. Dans le nocturne Collateral, le taxi de Jamie Foxx qui transporte Tom Cruise arpente inlassablement ces espaces crépusculaires et désertés. Quant au chassé-croisé entre le flic (Pacino) et le voyou (De Niro), dans Heat, il s’épanouit dans les freeways de cette ville tentaculaire aux limites toujours repoussées, de cette ville où tous les habitants semblent perpétuellement en transit comme dans les appartements aux immenses baies vitrées.

Mais il serait fort dommage de réduire l’univers urbain de Michael Mann à son attraction fatale pour Los Angeles, fût-elle la boussole et la matrice de son cinéma. Car, le Chicago du Solitaire, le Miami de Miami Vice, comme les villes chinoises mondialisées de Hacker ont tout autant de personnalité et d’étrangeté que la cité californienne. Dans Le Solitaire, Chicago fait corps avec son héros, l’attachant braqueur incarné par James Caan. Une ville de fer et de feu, âpre et froide qui fait la gueule mais qu’habite pourtant avec une certaine chaleur son voleur favori (The Thief est le titre original du film). A l’inverse, le Miami ensoleillé, hédoniste de Miami Vice révèle des zones d’ombres et de corruption telles qu’elles finissent par envahir totalement l’écran. A moins que la romance dangereuse et mélancolique entre Juliette-Gong Li et Roméo-Colin Farrell n’en soit la vérité aquatique, pleine de hors-bords filant à toute vitesse vers l’horizon sans fin. Quant aux villes indifférenciées de Hacker, elles posent notre hyper-modernité au centre du motif. Villes en réseau, villes atomisées, villes métissées, villes baroques où le centre est, comme toujours chez Michael Mann, nulle part.

Au final, les villes de Michael Mann donnent toutes une curieuse sensation de claustrophobie intense, comme si, jamais, on ne parvenait à s’en échapper. Ses villes closes nous habitent autant qu’on les habitent. Comme une métaphore de notre condition humaine qui est surtout, chez Michael Mann, une condition urbaine.

Thierry Jousse, critique (ancien rédacteur en chef des cahiers du cinéma) et journaliste musical.

 

Blackhat
Blackhat

Michael MANN
États-Unis

Collateral
Collateral

Michael MANN
États-Unis

Le Solitaire
Le Solitaire

Michael MANN
États-Unis

Miami Vice
Miami Vice

Michael MANN
États-Unis

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